*______* L'INDUSTRIAL *______*
La musique industrielle, ou indus, est un courant de la musique électronique apparu dans la deuxième moitié des années 1970, caractérisé par sa dissonance et l'importance accordée à l'expérimentation.
Née d'un concept forgé par le groupe britannique Throbbing Gristle, elle met en avant et vise à traduire par ses agressions sonores les aspects les plus négatifs et lugubres du monde contemporain.
Elle est à l'origine d'un grand nombre de sous-genres mêlant bruitisme, imagerie extrême, échantillonnages et collages sonores, instruments rock ou électroniques.
La musique industrielle puise ses racines dans les travaux et les réflexions des futuristes italiens du début du XXe siècle, en particulier les thèses de Luigi Russolo (1885-1947), notamment son manifeste intitulé L'Art des bruits, ainsi que dans les expérimentations sonores de John Cage ou des Français Pierre Schaeffer, Pierre Henry et Pierre Boulez à partir des années 1950.
Le courant puise également ses inspirations chez certains écrivains contemporains, notamment les descriptions de monstres anatomiques de James Graham Ballard ou William S. Burroughs et ses techniques de collages (cut-up).
Au cours des années 1970, le rock commence à s'essouffler et à perdre de son caractère révolutionnaire. Le mouvement punk marque cette coupure avec un rock vieillissant en prônant une position cynique et socialement engagée ; le punk rock est une musique agressive, hargneuse et énergique qui doit se consumer très rapidement (morceaux courts, sons saturés, critique politique radicale). Il cherche à signifier une urgence, une rupture à la fois réelle et infantile, mais son versant no future (« pas d'avenir », slogan popularisé par les Sex Pistols) empêche la véritable construction d'une réflexion et se limite à une contestation aveugle et auto-destructrice.
Le bouleversement engendré par le punk ne dure qu'un temps : en 1978 déjà, le mouvement est devenu « une parodie de lui-même », récupéré par les medias et l'industrie du disque.
Si la musique industrielle naît en parallèle au punk, de ce même besoin de subversion d'un rock anquilosé, elle n'est à l'origine que son « parfait contemporain », « mais sans grand rapport avec celui-ci ».
Les origines du mouvement industriel remontent au 3 septembre 1975, lorsque la troupe de performers extrêmes COUM Transmissions décide de devenir Throbbing Gristle pour se consacrer à la musique et ainsi élargir son audience. Se posant en reporters du réel, leur musique se veut un reflet sans faille d'un monde perçu comme en pleine décadence.
En 1977, le groupe fonde son propre label, Industrial Records, et choisit pour slogan, sur suggestion de leur vieil ami Monte Cazazza, « Industrial Music for Industrial People » (« Musique industrielle pour peuple industriel »), et forge par là même un concept qui fera rapidement des émules. Il rejoint ainsi la myriade de petits labels indépendants, nés dans le sillage du punk que l'on désignera bientôt sous l'appellatif de post-punk, parmi lesquels on peut citer Rough Trade, Factory ou Mute.
Le chanteur de Throbbing Gristle, Genesis P-Orridge, explique que l'origine du mot «industriel», se réfère à l'industrie de la musique, à l'industrialisation de notre monde mais aussi à ce qui opère sur nous, ce qui nous contrôle. Le «blues» est né de l'esclavagisme. Mais personne ne se pose la question de savoir ce qui produit cet esclavage donc le «blues». Il suffit de se poser la question et de relire le mot «industriel» pour en comprendre son origine. Il suffit de suivre le regard du chanteur de «blues» non pas vers la profondeur de ce qu'il ressent mais vers cette maison « Victorienne » qui contrôle sa vie. (d'après une interview de Genesis P-Orridge dans l'Industrial Culture Handbook).
Dans la continuité des performances de COUM, Throbbing Gristle se distingue par une imagerie violente et subversive (projection d'images insoutenables, de pornographie, d'uniformes nazis) qui fait sa renommée. Le local où ils vivent et créent leur musique, une usine désaffectée située dans le lugubre secteur de l'East End londonien, est baptisé « Death Factory » (littéralement « Usine de mort »), un surnom du Camp d'Auschwitz ; le logo d'Industrial Records sera d'ailleurs une photo non identifiée de la cheminée de ce camp.
Parallèlement, dès 1977 aux États-Unis, les groupes Pere Ubu et Devo développent un concept similaire et participent à sa diffusion en se qualifiant respectivement de « folk industriel » et de « groupe industriel des années 1980 ».
Il s'avère difficile de donner une définition précise de la musique industrielle en tant que genre musical ; les principaux groupes se sont évertués à traverser les grands courants musicaux : de l'« anti-musique » au rock en passant par des orchestrations symphoniques ou plus électroniques et acoustiques. Laibach, SPK et Test Dept sont de bons exemples de cette transversalité musicale. Pour beaucoup d'artistes industriels, il ne s'agit en effet pas d'être identifiable à une étiquette, mais bien d'utiliser des étiquettes existantes pour diffuser une idée ou un concept. En ce sens, on peut être amené à parler de « culture » industrielle plutôt que de « musique ».[réf. souhaitée] Le titre de l'ouvrage de référence de la scène industrielle Industrial Culture Handbook (littéralement Manuel de la culture industrielle) est une bonne illustration de cette idée.
La musique industrielle des débuts se distingue surtout par ses auteurs, la recherche artistique au travers de performances extrêmes, une attitude et un message hautement provocateur. La plupart des fondateurs de l'industriel ne sont pas spécialement musiciens, mais plutôt des intellectuels et des artistes performers, cherchant à secouer par un discours engagé un carcan social ou politique. Ainsi, leur production, loin de se limiter à la seule production musicale, incluait également d'autres formes artistiques comme la performance artistique, l'usage d'installations, l'art postal, entre autres.
La scène industrielle se caractérise notamment par l'absence de leader patenté ou de mentor, les artistes ou les groupes travaillant sur des thèmes proches, raison pour laquelle on parlera facilement de « culture industrielle ». Jon Savage retient trois points communs à tous les acteurs de la scène, sous-tendus par les omniprésentes idées de subversion et de transgression :
Organisation autonome : Choix de créer ses propres réseaux de fabrication et de diffusion. Inutile de passer par des compagnies de disques officielles.
Accès à l'information : « Guerre de l'information » signifie que la lutte pour le contrôle n'est plus physique (conquérir un pays) mais liée à la communication. Le mouvement prête ainsi une attention toute particulière aux techniques de dissémination et de propagande de l'information.
Utilisations de sons synthétisés et de l'« anti-musique » : Recherche musicale poussée afin de recréer l'ambiance sonore de notre monde actuel par l'utilisation de sons synthétisés et non musicaux a priori.
Utilisations d'éléments extra-musicaux : Intégration d'éléments littéraires, philosophiques, spirituels, sexuels, de vidéos lors des concerts, dans les disques, livrets accompagnant les disques etc.
Tactiques de chocs : Utilisations d'éléments oppressifs lors de concerts (infrabasses, arcs électriques, verre pilé, murs sonores) afin de montrer le conditionnement des personnes et leur capacité à supporter de telles attaques. Cabaret Voltaire, Throbbing Gristle, SPK provoquaient volontairement les spectateurs dans ce sens.
L'un des apports fondamentaux de la musique industrielle (et de la scène post-industrielle) est l'utilisation transversale des supports de diffusion, en particulier des médias de masse, mais appliquée paradoxalement à des idées et des créations souvent plus que confidentielles. Ainsi les tirages de disques dépassent très rarement les 1000 exemplaires, ce qu'on peut justifier par le coût élevé de production pour les artistes mais aussi par la volonté délibérée des acteurs du mouvement de rester confidentiels, notamment dans certains cas en multipliant les pseudonymes utilisés sur les disques par les mêmes artistes ou groupes, alors même que la notoriété déjà acquise pourrait permettre d'assurer le succès des ventes ultérieures (voir par exemple le cas de Coil), une caractéristique commune avec de nombreux acteurs de la scène techno.
La scène post-industrielle sera aussi influencée par quelques personnages mythiques occultes et dangereux : Aleister Crowley (sorte de mage occulte moderne), Austin Osman Spare (sorte de chamane), le tueur en série Charles Manson. Les relations avec les milieux occultistes entretenues par certains artistes post-industriels ont ainsi eu un apport concret en termes musicaux, dans la mesure où ils se sont intéressés au caractère ritualiste de certaines musiques, ainsi qu'à leurs potentialités en tant que support de concentration dans une pratique occulte. Un certain nombre de groupes, dont le plus connu est sans doute Coil, revendiquent une authentique dimension magique dans leur musique (souvent des pratiques de Magie du Chaos).
La scène industrielle et post-industrielle a gardé les grandes thématiques de ses prédécesseurs ; en cela, elle reste une culture populaire mais pas au sens commercial du terme ni au sens politique mais au sens de ce qui fait folklore dans la société moderne.
Pour ma Future Cyber Gothique =P : http://cruelle-bunny.skyrock.com/



